Après un coma, le skinhead se réveille gay et devient coiffeur

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« Toi au moins t’es pas un pédé ? mon fils ». C’est par ces mots que Gary Settler accueillit son fils John lorsqu’il rentra de sa première expédition punitive dans les rues de Manchester. Gary était particulièrement fier de son fils qui avait choisi, comme première victime, des homos. Des « pédés », des « fiottes », des « tafioles » comme on les appelait dans la famille de John.

Aussi loin que John se souvenait, les homos avaient été l’ennemi dans la famille Settler. A égalité avec les noirs, les arabes et les pakis. Que les dits pakis viennent régulièrement d’Inde, du Sri Lanka ou d’autres pays n’entrait pas en ligne de compte : pour la famille de John, ils étaient des « putain de pakis », « des enfoirés de pakis » ou « des ordures de pakis ». A l’âge où les enfants jouent aux indiens et aux cowboys, rêvent d’aller dans l’espace ou de devenir pompier, John devait écouter les histoires de Gary et de son frère Christopher sur tous ces attardés, assistés, parasites. Le fait que Gary et Christopher vivent essentiellement de l’assistance publique, qu’ils touchaient tous les deux de manière régulière en jonglant entre les petits boulots, travaillant juste ce qu’il fallait pour obtenir le maximum en faisant le minimum, ne choquait plus personne dans cette famille où la haine et la jalousie avaient depuis longtemps remplacé la cohérence, pour ne pas parler d’empathie ni de compassion.

John, prénommé subtilement d’après John Wayne qui n’était pas un pédé, même si d’aucuns aiment à rappeler que John Wayne, de son vrai nom Marion Morrison, appréciait de porter des robes de femmes dans l’intimité. Ce fait, qui reste à prouver, aurait suffi à envoyer John Wayne au panthéon des tafioles de la famille, mais les Settler avaient construit toute leur mythologie sur l’ignorance et la haine de l’autre, pas sur la connaissance.

John Settler commença à se battre dès 10 ans. Très précisément, il reçut son premier cocard pour avoir défendu Shikar Thukrav. Du haut de ses dix ans, et malgré toute l’éducation reçue, le petit John avait été profondément troublé de voir cinq personnes s’acharner sur une une seule. Comme le héros se met toujours du côté du plus faible, il s’était interposé, encaissant le premier coup de poing d’une longue série. Il reçut le deuxième coup de poing le jour même en expliquant à son père qu’il avait défendu un « enculé de paki ». La leçon fut bonne puisque son père l’emmena au pub la semaine suivante pour le récompenser d’avoir fait un croche patte au dit Shikar qui tentait de fuir le même groupe qui voulait lui apprendre à vivre. Que les autorités de l’école n’aient jamais vraiment pris fait et cause pour le petit Shikar tendait à prouver à John que son père avait raison. Si même les professeurs, les directeurs n’aimaient pas les pakis, il y avait forcément une raison. Que cette raison puisse être que la bêtise, l’ignorance et la haine ne sont pas l’apanage des gens sans éducation n’entrait pas en ligne de compte dans la réflexion du petit John.

Gary et Christopher étaient également fiers de John. A mesure qu’il grandissait, il se débarrassait des derniers mouvements spontanés de solidarité, de compassion et les Rajiv, Mohamed, Mamadou devinrent respectivement ces « fumiers de paki », « raclures de crouilles » et « salauds de négros » pour la plus grande joie de la famille Settler. Les homos, quelles que soient leurs ethnies, tombaient dans la catégorie des sous-hommes qui ne méritaient pas de vivre. Les lesbiennes, elles, n’attendaient qu’un vrai mec qui leur apprenne à vivre et, lorsque cela n’était pas affirmé clairement, il était sous-entendu que « violer une gouine » était autorisé, sinon salutaire. Les femmes qui sortaient avec des non-blancs, étaient des « traitres à la race » et pour elles, le viol était également reconnu comme une arme de guerre puisque la famille Settler était en guerre. Les femmes blanches qui faisaient des enfants avec des non-blancs, devraient être fusillées, passées par les armes sans procès, la notion de justice étant à sens unique : le monde était injuste avec les Settler, les Settler seuls et leur amis suprémacistes connaissaient le vrai sens du mot « justice ».

A partir de treize ans, John Settler se mit à trainer avec une première bande de skinhead qu’il finit par trouver trop mous, trop gentils. Sur les conseils avisés de son oncle Christopher, il entra deux ans plus tard dans un groupe ultra que même les skins les plus extrêmes de Manchester trouvaient dérangeant. Il vécut les dix années suivantes dans la haine de l’autre. S’il ne tua personne, il s’en fut de très peu un nombre incalculable de fois et il restait responsable d’une dizaine de bras, jambes, nez cassés, cicatrices de coup de couteau, explosion de rate et autre « traitement spécial » comme l’on disait en rigolant dans la famille Settler.

La situation de la famille n’avait cessé d’empirer : les allocations baissaient chaque année à peu près en proportion égale avec l’envie de travailler des membres de la famille. La clochardisation n’était pas loin, d’autant que John, le seul membre de la famille qui avait théoriquement un avenir, passait son temps à casser la gueule de ses patrons, refusaient les boulots lorsque le boss était de près ou de loin un non-blanc et résidait de toutes manières trop souvent en prison pour être considéré comme une source de revenu fiable.

A vingt ans, alors qu’il allait célébrer ses cinq ans d’appartenance au skinextreme comme ils aimaient à s’appeler, ses amis lui offrirent une très belle surprise selon leurs critères : ils avaient repéré un nouveau bar gay et se proposait d’aller « casser du pédé» sans rien dire à John. « Quelle belle surprise d’anniversaire » pensèrent tous les membres du groupe.

La soirée ne se passa pourtant pas comme prévue et ses conséquences allaient faire trembler tout l’univers des Settler. Les skins n’avaient pas vraiment repéré le bar, on leur avait juste soufflé qu’un bar gay venait de s’ouvrir et ils avaient décidé d’y mettre bon ordre. S’ils avaient cherché un minimum, ils auraient certainement appris que dans ce bar, et face à la recrudescence d’actes homophobes, on s’était organisé. Vigilance, service d’ordre et barres à mine n’empêchaient pas de faire la fête. Au contraire, on pouvait s’amuser l’esprit plus léger.

Mais quand les six skins, qui avaient attendu la fermeture, arrivèrent avec leurs battes de baseball, John, qui venait juste de découvrir sa surprise, tremblait d’excitation et s’avança en tête du cortège, particulièrement sûr de lui. Il mit un premier coup de batte de baseball à un homme, de dos, mais heureusement visa les côtes et pas la tête. L’homme tomba néanmoins mais avant qu’il n’ait touché le seul, John était entouré d’une vingtaine de personnes avec des barres à mines et la ferme intention de les utiliser. Lorsque John se retourna pour voir où étaient ses troupes, il s’aperçut qu’il était seul et en bien mauvaise posture. Quand le premier coup de barre vint heurter son crâne, il eut tout juste le temps de penser que John Wayne n’était pas là pour le tirer d’affaire.

Gary, Christopher et toute la famille vinrent au chevet du malade dès qu’ils apprirent la nouvelle, vers 7 heures du matin. L’hôpital entier résonnait de propos racistes et homophobes. La famille semblait plus encline à épancher sa haine qu’à éprouver de la peine et de la tristesse pour John. Qu’il soit gisant, dans le coma, sans que les médecins ne puissent se prononcer sur son sort passait après le fait que les responsables de son état étaient gays. L’injustice leur brulait les poumons, leur coupait le souffle.

John resta entre la vie et la mort pendant plusieurs semaines, six exactement, le chiffre de la bête comme le dirait son ignare d’oncle quand John se réveillerait. Pendant ces six semaines, si tout le monde vint voir de manière régulière John, la haine ne laissa jamais place à la tristesse, ou alors de manière très fugace. John devait se réveiller mais pour se venger. Seule importait la vengeance. Pourvu qu’il puisse encore manier une batte de baseball, pourvu qu’il puisse taper du paki, du pédé…

Quand John ouvrit les yeux, tout son corps le brulait, le démangeait, le surprenait de manière très désagréable. Mais ce ne fut rien à côté de son cerveau qui lui envoyait des signaux mortellement douloureux ainsi que des émotions auxquelles John ne comprenait strictement rien. Il vomit dans l’instant et faillit bien s’étouffer mais les aides-soignants intervinrent à temps. Lorsqu’il posa le regard sur l’infirmier, ce qu’il ressentit le surprit tellement qu’il vomit à nouveau. La médecin, une femme, ce qui n’avait laissé d’inquiéter la famille, arriva dans les dix minutes, fit un premier diagnostic et si elle indiqua à John qui reprenait doucement des esprits, qu’il allait aussi bien que possible, elle revint une heure plus tard pour lui expliquer que sa rééducation serait longue et douloureuse mais vraisemblablement complète.

La famille de John attendait fébrilement dans la pièce attenante. Gary avait amené une petite barre à mine pour vérifier que son fils pourrait l’utiliser, Christopher portait des bières et tout le monde était très très heureux.

La médecin continua son examen et demanda à John s’il se souvenait de ce qui s’était passé. Pour seule réponse, John vomit encore. Il se mit à pleurer et demanda à la médecin de ne pas laisser sa famille entrer.

Modérément surprise, elle accéda à sa demande. Expliquer à la famille de John que leur fils ne voulait pas les voir était la dernière chose qu’elle souhaitait faire, mais John restait un patient. Elle fit d’abord venir le service d’ordre, discrètement, puis indiqua aux Settler que John était épuisé, incapable de recevoir qui que ce soit. Il était important pour son rétablissement qu’il se reposât jusqu’à nouvel ordre.

Le père et l’oncle s’apprêtaient à bousculer la doctoresse qui « comme toutes les bonnes femmes n’y connaissait rien » quand le service d’ordre s’interposa. Gary et Christopher, très forts en parole, très forts à deux contre une femme, s’écrasèrent face au quatre marmules* qui les regardaient avec un calme forçant le respect et le silence. La famille partit, mais arrivée aux ascenseurs, lança, comme une menace « On reviendra », tandis que Tracy, la médecin, leur rétorquait : « Pas avant qu’on vous rappelle « .

Elle laissa John se reposer mais revint de très bonne heure le lendemain. John lui avait-t-on dit passait beaucoup de temps à pleurer. Pas un patient ne réagissait de la même manière à un coma prolongé mais le retour était toujours perturbant. Ces crises de larmes interpellaient Tracy. John hoquetait quand elle entra dans la chambre. Il la regarda et, bien qu’elle détestât tout ce que cet homme représentait, ce que ses yeux trahissaient la bouleversa. Cet homme était totalement perdu. Elle resta de nombreuses minutes près de lui, à attendre qu’il ouvre les vannes, qu’il se confie peut-être. Enfin, dans un sanglot, après que Tracy lui ait demandé s’il pouvait verbaliser sa souffrance, il hoqueta : « je ne suis plus raciste ». Tracy en lâcha sa main d’étonnement. Elle aurait voulu se réjouir : un raciste de moins, mais elle aurait bien giflé cet abruti qui s’attristait d’avoir perdu un sentiment si méprisable. Elle ne connaissait pas l’histoire de John, mais il suffisait de croiser Gary et Christopher pour en comprendre une bonne partie.

Tracy sentait pourtant qu’il y avait autre chose. Quelque chose de plus intime encore. Tracy n’aurait su dire quoi mais sa curiosité personnelle et professionnelle la travaillait : cet homme souffrait pour une autre raison.

La raison, aussi surprenante qu’improbable, était totalement inavouable pour John. Il ne pouvait pas se la représenter et chaque fois que l’idée revenait, il vomissait. Il allait vomir encore quelques jours, toujours incapable de voir sa famille, ce qui provoquait de manière très régulière des altercations dans l’hôpital. A mesure qu’il s’habituait à sa nouvelle condition, encore que le terme soit inexact, il continuait à changer et à découvrir des émotions totalement inconnues, toujours plus perturbantes. Il vomit plus dans ces dix jours que de toute sa vie, malgré le nombre incalculable de cuites qu’il avait pu prendre.

Alors que John devait maintenant sortir du service intensif pour entrer en rééducation, Harry, l’infirmier, entra pour demander s’il était prêt. John fondit en larme en voyant Harry. Harry, le beau, le bon, l’intelligent Harry. Harry le regarda, s’approcha, lui posa la main sur l’épaule à travers le mince tissu de la chemise d’hôpital et John prit l’autre main de Harry et le regardant dans les yeux lui dit :

– Harry, je t’aime.

Les yeux de Harry s’agrandirent démesurément, pas parce qu’il était surpris par ce type de discours. Harry était beau, bon et intelligent et recevait de manière régulière des déclarations de ce type, de femmes, d’hommes. Mais avec le passif de John, ces propos paraissaient totalement incongrus. Plongeant ses yeux dans ceux de John, il comprit pourtant que ce dernier était sincère. Il réussit à ne pas éclater de rire en pensant à la tête que ferait le père de John s’il apprenait que Harry et John allaient convoler en juste noces. N’ayant aucune appétence pour les hommes en général et pour les skins raciste et homophobe en particulier, Harry posa la main de John et lui dit, très tendrement :

– Merci John. J’apprécie mais je ne suis pas disponible.

Cela mit fin à la première histoire d’amour post-comatique de John mais il y en aurait beaucoup d’autres. John s’était réveillé non-raciste et attiré par les hommes. John était devenu gay. La famille Settler fut plus que jamais interdite d’hôpital car ayant lu dans la presse qu’un ex-skinhead s’était réveillé Gay, elle voulait enlever John de peur que cette maladie ne soit contagieuse. Il ne lui vint jamais à l’esprit que le comateux était leur fils.

Enfin, une confrontation, puisque c’est le terme, fut organisée : l’hôpital ne supportait plus les irruptions intempestives de la famille, et John estimait leur devoir la vérité.

Les parents entrèrent, furieux d’avoir été maintenus à l’écart aussi longtemps. En voyant John en si belle forme, ils comprenaient encore moins pourquoi on leur avait fermé la porte. La colère, leur seule alliée avec la haine, était là plus que jamais :

– Alors, bordel, pourquoi tu voulais pas nous voir hein ! Faut qu’on monte une expédition rapidement sinon de quoi on aura l’air ?

Christopher enchérit :

– Si tu n’envoies pas au moins deux pédés dans le coma cette semaine, tu passeras pour une tafiole et c’est tout.

John, qui ne s’attendait pas à autre chose, comprit que la diplomatie, la patience ne seraient d’aucune utilité. Autant tout dire tout de suite :

– Je ne suis plus raciste.

L’hilarité que déclencha ce propos était encore plus glaçante, mais quand John ajouta :

– Et je suis gay.

Christophe commença à rire mais comprit vite qu’il était le seul, et que, aussi impossible que ce soit, John ne plaisantait pas. La famille Settler, qui était d’une manière générale désemparée devant toute situation qu’elle ne pouvait régler par la haine, la jalousie, ou la colère, ne sut absolument pas quoi faire. Le père lâcha sa barre à mine, l’oncle son pack de bière, la mère les biscuits qu’elle avait préparés. Sans un mot, sans un regard, ils reculèrent, sortirent de la pièce.

John fut soulagé. Il venait de perdre la qualité de fils dans cette famille mais enfin, il allait pouvoir se construire une nouvelle vie. Inenvisageable dans le contexte de l’ancienne.

Tracy, qui visitait régulièrement le malade, cherchant à comprendre ce qui avait pu se passer d’un point de vue médical, avait tenu à être présente, bien qu’hors de vue des Settler. Lorsqu’ils furent partis, elle dit à John qu’elle était fière de lui, que sa nouvelle vie allait être compliquée mais tellement plus enrichissante que la précédente.

John, d’accord mais inquiet, lui répondit qu’il la démarrait comme orphelin. Tracy ne put s’empêcher de penser que c’était un sacrément beau cadeau que la vie lui faisait, mais elle dit :

– Il va falloir que tu te trouves un métier. Tu sais ce que tu voudrais faire ?

John, aussi surpris qu’il fut par la réponse qui venait de prendre forme dans son esprit, n’hésita pas une seconde :

– Je veux être coiffeur.

* colosse

Pour la réalité, c’est par là

http://lci.tf1.fr/videos/2011/apres-un-coma-le-skinhead-se-reveille-gay-et-devient-coiffeur-6818172.html

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